La Loi Scoute

1. Le scout met son honneur à mériter confiance

En premier lieu, la franchise. La loi dit équivalemment aux nouveaux venus : un honnête homme ne ment pas. Nous vous traitons en homme. Il est entendu que nous avons confiance. Comme disait un secrétaire des scout de Londres, « nous leur apprenons que leur parole vaut une parole de Roi ». Un scout qui mentirait pourrait être invité à rendre son insigne ou même à se retirer de l'association.


Outre ce qu'il y a d'éminemment éducatif à paraître n'imaginer même pas que l'enfant puisse mentir, cette entente préalable est indispensable à l'existence même du système. Si le scout n'a pas assez de principe intérieur pour être parfaitement franc et honnête, la surveillance devra être resserrée au détriment de la formation à la liberté et à l'initiative, et l'on retombe dans ce genre de discipline qui a pour axiome fondamental la défiance du supérieur envers l'inférieur.


Nous, scout, nous estimons au contraire, dit Baden-Powell, que la seule discipline qui dure est celle qui vient de l'intérieur. Et voici comment nous procédons : on apprend à l'enfant ce que c'est que l'honneur, ce que c'est que la conscience. Après quoi on lui fait un point d'honneur de faire tous ces efforts pour accomplir ce que sa conscience lui indique comme devoir.
Cela n'a l'air de rien ou de phrases ? Essayez : cela rend et, qui plus est, cela entre dans l'âme de l'enfant y reste pour la vie.

Et voilà qui sonne français et chrétien.

 

2. Le scout est loyal à son pays, à ses parents, à ses chefs et à ses subordonnés

« Il doit leur être fidèle à travers tout, contre tout ennemi ou même contre qui en dirait du mal. »
C'est le loyalisme.


Ce loyalisme n'entraîne pas nécessairement l'obéissance aux ordres, et c'est pourquoi l'article 2 ne se confond pas avec l'article 7. Il est d'abord et surtout, la fidélité à l'institution, à l'autorité comme telle : « Je ne trahirai pas, je maintiendrai. » Il correspond assez bien à ce que l'on nomme, en style de collège, « le bon esprit », qui cependant contient peut-être une plus grande part de docilité intellectuelle : en principe, on donne raison au maître, quel qu'il soit. Si on ne le peut, on tâche de se taire, et s'il est impossible de se taire, si on croit devoir garder son franc-parler et son franc-juger, ce ne sera jamais pour ébranler l'autorité elle-même.(1) Le scout est donc un homme sur qui on peut compter. Il est « est loyal serviteur », comme l'écuyer de notre Bayard, et si on l'a pour chef, on sait qu'on ne sera pas « lâché » par lui.


Nous entrevoyons déjà la portée de cette règle, et comment elle est de celles qui contribuent le plus à la formation civique de l'enfant. Un scout fidèle à sa loi ne peut pas, par exemple, participer à une grève injuste. Bien comprise, ces deux petites lignes sur le loyalisme ne sont pas sans retentissement social…


(1) "Soyez loyal à votre mère quand on la critique devant vous. Défendez-la si un camarade vous dit par exemple : c'est joliment embêtant que ta mère ne te laisse pas faire ceci ou cela. Soyez assez virils pour répondre carrément : je suppose qu'elle a ses raison et qu'elle préfère ne pas me les donner." The scout, 13 septembre 1913 page 42.

3. Le scout est fait pour servir et sauver son prochain

Ce devoir passe avant tout le reste, fallût-il sacrifier son plaisir, sa commodité, sa sûreté personnelle. Le scout doit en toute circonstance être prêt à opérer un sauvetage, à secourir la victime d'un accident. Et il doit faire tous ces efforts pour accomplir chaque jour une Bonne Action si modeste soit-elle.


Tel est le mot d'ordre, le fond même du scoutisme : servir. « Pas de jours sans un exploit qui le couronne », dit le héros de Shakespeare. C'est le dévouement à toute réquisition et sans réquisition. Il faut donc que le scout acquiert deux choses : en premier lieu l'esprit de dévouement, puis les connaissances pratiques, secourisme, débrouillardise, qui permettent de se dévouer avec intelligence. Créons des compétents, pour multiplier les dévoués, car ce qui manque à tant d'hommes pour devenir tel, ce n'est pas le courage et la générosité, c'est le savoir-faire. On n'aime à faire que ce que ce que l'on sait bien faire.


Cet apprentissage du dévouement, c'est l'œuvre de la « Bonne Action Quotidienne ».
Le scout n'est pas en règle avec sa loi dès qu'il peut se dire le soir qu'il a accompli quelque chose de bien, une action bonne, dans sa journée. A ce compte, prière, travail consciencieux, résistance à une tentation, œuvres excellentes et nécessaires, suffiraient, mais c'est le dressage personnel au dévouement qui est la fin propre de cette prescription.


Le texte de la règle détermine sans possibilité d'erreur le sens de l'expression « Bonne Action ». Il s'agit d'un service à rendre, d'un acte qui requiert donc toujours un minimum de dévouement :
« Faire sa B.A. », c'est, par exemple, aller chercher la provision de bois d'une voisine, indiquer la route à l'étranger et l'accompagner jusqu'à ce qu'il soit sur le bon chemin, aider un vieillard à pousser une charrette à bras en montant la côte, sacrifier une réunion scoute pour porter jusqu'à la gare, à trois kilomètres, la valise très lourde d'un monsieur encombré de deux paquets (exemples authentiques).


Et naturellement, défense de rien accepter, en remerciement ou un pourboire, même un centime ! Il n'est même pas requis que le bénéficiaire de la bonne action nous soit connu : enlever de la chaussée un pavé déplacé qui risque de faire broncher un cheval, refermer la barrière d'une pâture où se trouve le bétail, cela compte.
Oh ! Evidemment ce sont là petites choses, mais peu à peu le scout s'entraîne, le pli se prend : l'enfant en vient à ne plus se croire autorisé à dénouer son foulard que pour compter les actions qui lui ont coûté du temps ou de la peine, et il ne se contente pas d'en faire une et puis de croiser les bras : non, à l'affût de l'occasion, toujours sur le qui-vive.

 

4. Le scout est l'ami de tous et le frère de tout autre scout

1). Envers les inconnus : « ami de tout le monde », c’est le surnom que s’était acquis le jeune Kim, le héros de Kipling, souvent proposé comme modèle au scouts anglais. - Non qu’il faille prodiguer les marques de bienveillance et perdre en profondeur ce qu’on semblerait gagner en surface, mais le scout doit être tel que chacun sente que, le jour venu, c’est en lui qu’il trouvera l’ami sur qui s’appuyer.


2). Envers les autres scouts : pure et simple fraternité chrétienne. Cela ne veut pas dire que, habituellement et par principe, on mélange dans la même troupe des enfants de différentes conditions. Tel n’est pas l’ordinaire. Le sens de la règle et celui-ci :


« Quand un scout en rencontre un autre, même si celui-ci lui est inconnu, il doit lui adresser la parole et l’aider à accomplir sa mission s’il est de service, ou lui donner de la nourriture ou tout ce dont il pourrait avoir besoin... un scout ne doit jamais être un snob. Le snob et celui qui méprise ceux qui sont plus pauvres que lui ou qui, plus pauvre, jalouse les plus riches. »

 

 

5. Le scout est courtois et chevaleresque

« Courtois », - « j’ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd’hui », chez nous du moins. On enseigne encore aux enfants à être poli ; il paraîtrait exagéré ou archaïque de les former à cette politesse supérieure qui a nom courtoisie. « Etre courtois, dit fort bien Mgr Butt dans son livre de prières, c’est se conduire comme ceux qui sont à la cour du roi. »
« N’oubliez pas que vous êtes au service du Roi des rois, que vous servez dans la personne de ceux qui ont besoin de votre assistance. Traitez les donc non seulement avec politesse, mais avec respect. Un scout est courtois. Respectez Jésus-Christ en eux et ne vous permettez pas de vulgarité, avec personne. »


Le scoutisme, en effet, se propose de former non des hommes des bois, mais des gentilshommes. Il y réussit. J’ai presque toujours été frappé de la distinction et de la courtoisie des scout anglais à qui j’adressais la parole, si modeste, si faubourienne que fût leur origine. Et l’on sait si les bouges et les docks de Londres fournissent des produits raffinés !


Dans un omnibus un gamin de quinze ans, aux vêtements sales, la figure et les mains noires de suie est le premier à se lever et à offrir sa place à une dame, bien que les messieurs « chics » ne manquassent point dans l’assistance. « Le seul gentleman, c’étaient ce boy » conclut Baden-Powel. Etait-il scout ? En tout cas, il s’est conduit en scout ».

 

6. Le scout voit dans la nature l'oeuvre de Dieu : il aime les plantes et les animaux

La nature est un cantique qui chante la gloire du Créateur. Elle est comme un miroir à notre usage. Sa connaissance aide à comprendre la réalité de Dieu, de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté. Les merveilles et les mystères de la nature n'ont pas de bornes. Plus on les étudie, plus on devient humble devant l'oeuvre de Dieu. Ne sois pas aveugle aux beautés de la nature, si tu ne veux pas perdre la moitié du plaisir de vivre. Vois en toute chose l'occasion de louer et de remercier Dieu. Sois clair-voyant. Regarde la nature avec intelligence. Que tout ce que tu vois de beau te fasse instantanément penser à Celui qui est la source de toute beauté.

 

7. Le scout obéit sans réplique et ne fait rien à moitié

Obéir librement, c'est entrer dans le plan de Dieu. C'est t'employer à accueillir la volonté d'un autre et finalement, à te « mouvoir toi-même ». Accueille la volonté de ton chef comme une volonté amie dont le désir est de te faire grandir, de t'aider à monter plus haut. Mais attention, pas d'obéissance aveugle. Jamais la raison et la prudence chrétienne ne doivent abdiquer. Saint Thomas, le grand théologien, n'hésitait pas à dire : « La vertu de Foi prime la vertu d'obéissance ».

Un scout obéit, mais il le fait en homme libre qui ne se soumet, en réalité, qu'à Dieu. S'il accepte l'autorité d'un autre homme, c'est uniquement parce que cet homme est pour lui le messager de la divine volonté. L'exemple d'une obéissance joyeuse est un merveilleux stimulant pour toute la troupe. Ne fais rien à moitié. Ne jamais rompre une promesse. Fuir la mollesse; aimer le travail fini. Donc, sois persévérant!

 

8. Le scout est maître de soi. Il sourit et chante dans les difficultés

Le scout n'est pas « noué », il est maître de sa vie, parce qu'il la remet entre les mains du Christ. La maîtrise de soi est une question de volonté personnelle. Elle fait les trois quarts du caractère. Et savoir sourire, même dans les difficultés, quelle joie! La bonne humeur est un précepte chrétien. On ne fait de bien que dans l'enthousiasme. « Désir de Dieu et joie de vivre sont les deux poumons de notre âme ».

Sois un porteur de sourire et, par là, un semeur de joie. Compense la dureté des mots par l'affection du regard. Et chante! C'est l'expression même de la vie, l'explosion de l'âme. Ou bien tu seras déjà « un vieux » à 18 ans, avec un coeur tout ratatiné, ou bien tu resteras « jeune » jusque dans l'Éternité, le coeur ouvert à « Celui qui est plus grand que notre coeur ».

 

9. Le scout est économe et prend soin du bien d'autrui

C'est à la façon dont on sait penser aux autres, s'oublier pour eux, que l'on prouve son degré de Charité. Le bien d'autrui, ce n'est pas seulement les biens matériels, mais c'est aussi son temps, sa réputation, ses amitiés, ses biens spirituels.

Bien mal acquis ne profite jamais. Respecte l'argent à cause de son origine; économise-le à cause de son utilité. Fais l'aumône généreusement avec le sourire. N'oublie jamais que sous l'enveloppe du prochain, il y a... le Christ. Pense au geste de Saint Martin. Tu as reçu gratuitement, donne gratuitement. Ne gaspille pas le travail de tes parents. Si Dieu t'a donné l'abondance, c'est pour en bien user et venir en aide au prochain. Ne gaspille ni ton temps, ni ton argent.

 

10. Le scout est pur dans ses paroles, ses pensées et ses actes

« C’est à dire, ajout Baden Powell, il méprise le jeune serin qui raconte des saletés, et, pour lui-même, il ne cède à la tentation, ni d’en parler, ni d’y penser, ni d’en faire. Un Scout est pur de corps et d’âme, il est viril.»


Cette paraphrase toute militaire ne laisse place à aucune équivoque, ne mentionne pas la propreté du corps, et ne déguise pas la pureté sous le mot vague de respect de soi. C’est bien de la « belle vertu » qu’il s’agit. Il est excellent qu’on ait osé l’appeler par son nom, et proscrire les conversations et les pensées aussi bien que les actes qui lui seraient contraires[2].
C’est une vraie campagne pour la pureté que les fondateurs du scoutisme ont entreprise et il est visible que la question les préoccupe grandement. On peut regretter qu’ils ne la posent pas toujours assez nettement sur son vrai terrain et s’inspirent parfois peut-être plus de considérations d’ordre social, préservation et relèvement de la race et de l’individu[3],que de raisons d’ordre surnaturel et chrétien.


Toutefois, s’il semble croire un peu trop à la valeur curative ou préservative d’une initiation qu’ils veulent d’ailleurs prudente et réservée, du moins ne peut-on douter de l’excellence de leurs intentions. (…).


La pratique répond à a théorie. Les romans d’aventure et les nouvelles publiées dans le journal officiel des scouts sont irréprochables et souvent ne contiennent même pas d’héroïne. Je dirais volontiers qu’ils sont trop « matter-offact » pour s’accorder de cet idyllique superflu.

 

source: http://www.toujourspret.com/techniques/feu_sacre/reflexions/scoutisme/definition_de_la_loi_scoute.php

 

Il y a un onzième article de la Loi scoute,
un article qui n'est pas écrit, à savoir :
« Le scout n'est pas un sot ».

(Baden Powell)

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